Concevoir et fabriquer en France, c’est possible. Un bel exemple : Nervures

Concevoir et fabriquer en France, c’est possible. Un bel exemple : Nervures

Rédigé le 06/24/2020
Rene HASLE

Lors du confinement, de nombreux acteurs politiques et économiques ont pris conscience de l’importance de l’autonomie économique régionale et nationale pour préserver l’indépendance de la nation. Il n’est pas utile de rappeler ici les problèmes sévères d’approvisionnement en matériel médical du fait des transferts de nombreuses productions vers l’Asie…

Face au dérèglement climatique, des personnes, des entreprises soucieuses de leur éthique, s’orientent enfin vers des produits issus de fabricants français qui se battent pour conserver leurs unités de production dans leur bassin économique. C’est souvent grâce à l’innovation ou au développement de produits spécifiques qu’elles parviennent à résister face une rude concurrence mondiale, ou de fabricants voisins qui n’ont pas de scrupules en délocalisant…

C’est le cas du fabricant NERVURES qui depuis des années se démène pour sa pérénnité. C’est grâce à l’innovation, la diversification et l’optimisation des coûts de production si cette petite entreprise de 15 personnes existe toujours. Espérons qu’avec cette crise, les mentalités tendent à changer, en commençant par le consommateur qui doit apprendre à faire des choix plus éthiques…

Plus de 30000 masques fabriqués pendant le confinement

Après la mise en place du confinement, et face la pénurie des masques, Jean-Marie Bernos, gérant de NERVURES (donc d’un atelier de couture), s’est senti concerné par ce sujet, contactant dès les premiers jours les services sociaux de son entourage. Et c’est après une discussion avec Xavier Demoury (ancien gérant de NERVURES) qu’il s’est décidé à prendre contact à la Préfecture et au Conseil départemental pour les informer que son entreprise « citoyenne et engagée sur le territoire » était disposée pour fabriquer des masques.

Mails envoyés le mercredi 16 mars puis, le samedi matin, Jean-Marie recevait un appel de la Sous Préfecture qui lui annonçait qu’ils étaient vivement intéressés par sa proposition : « nous n’avions pas quelques masques à faire mais 30 000 masques » précise Jean-Marie. Pendant tout le week-end, une petite équipe s’est penchée sur la conception du masque à fabriquer, s’inspirant des différents tutos qui commençaient à sortir sur internet : « Nous avons mis au point un masque avec 4 couches de tissu à nouer derrière la tête en l’espace du week-end » – lire la news

Le modèle approuvé, ils se sont aussitôt occupés de la chaîne d’approvisionnement de tissu (lots de draps pour les services d’hôtellerie mis à disposition). « Le lundi matin, quand le personnel est arrivé, on leur a proposé une production de masques ».

Le personnel a accepté de passer de 40 heures au lieu de 35 heures car il fallait répondre à la demande rapidement. « Après, les modèles se sont améliorés, se sont simplifiés mais nous sommes restés sur notre concept multi-couches. Cela a pris une ampleur auquel je ne croyais pas, les collectivités de la France entière nous appelaient. Nous avons même reçu des demandes allant jusqu’à 200 000 masques ». Des demandes que Jean Marie n’a pas voulu honorer, décidant de ne répondre qu’aux offres des services publiques de la région (commandes du département et de l’Etat).

Depuis lundi 23 mars 2020, l’équipe de Nervures découpe et coud du coton, participant ainsi à la lutte contre la propagation du corona virus. Les voiles NERVURES et les Tubes ROCK THE OUTDOOR attendront un peu…

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Se diversifier pour pérenniser l’entreprise

S’il a été facile pour NERVURES d’être aussi réactif dans la production de masques, c’est parce que l’entreprise a déjà l’habitude de s’adapter à de nouveaux marchés mais aussi parce qu’elle bénéficie d’un accompagnement des entités territoriales régionales. Comme beaucoup d’entreprises françaises, c’est par l’innovation et la diversification que celles-ci parviennent à résister face aux tumultes du marché mondial.

Cette diversification de l’entreprise pyrénéenne existe d’ailleurs depuis très longtemps (aéro-largage militaire avec le leader mondial Airborne Systems aux USA, parapentes pour les chasseurs alpins…) et elle a pris une nouvelle dimension depuis peu avec des demandes très spécifiques d’entreprises industrielles qui ont décidé de privilégier, pour leurs pôles recherche et production, une collaboration régionale.

Le projet Air-Seas : voiles de kite pour cargos

AIRSEAS (filiale de AIRBUS) s’est rapprochée, il y a bientôt 2 ans, de NERVURES pour la conception et la fabrication de voiles de kite pour gros bateaux. Baptisée « Seawing », ces voiles de kite équiperont bientôt de nombreux cargos et paquebots. L’objectif, réduire d’au moins 20% la consommation de carburant de ces plus gros pollueurs du monde : les porte-conteneurs, vraquiers et ferries.

Ce projet unique nécessite des compétences particulières en voilerie, de nombreux échanges et tests avant production et surtout une fabrication spécifique. Il est facile de comprendre comment et pourquoi l’équipe de conception AIrSeas a abouti chez NERVURES. Ce projet qui nous semblait un peu surréaliste il y a un an, ne l’est pas : les doubles aiguilles vont bientôt piquer le tissu de la première voile.

Nous sommes en train de terminer le développement de cette voile énorme (20 à 40 fois la taille d’un parapente). Son pilotage sera assuré par un robot, c’est le volet technique le plus complexe. Actuellement, nous essayons de résoudre avec le team AIRSEAS les problématiques de pliage, dépliage de cette voile ainsi que son stockage. Après avoir livré une douzaine de prototypes de différentes tailles pour essais (25 à 100 m²), nous allons bientôt commencer la production de la première voile à l’échelle. Notre plan de charge porte sur une douzaine de voiles sur les 12 prochains mois.

Avec l’appui de la Communauté de Communes, nous avons obtenu un bâtiment non loin de l’atelier capable de recevoir l’équipement nécessaire pour ce nouveau type de production. A l’heure actuelle, nous finalisons un poste de travail automatisé qui comprend une machine à coudre spécifique équipée d’une double aiguille capable de coudre des bandes de 25 mm de large d’un seul tenant sur des tissus issus du nautisme. Au lieu de déplacer le tissu, c’est l’opérateur et sa machine posée sur une plateforme qui sont mobiles. Le système de guidage linéaire permet une translation de 14m de long.

L’échéance de production est proche. NERVURES a déjà un planning sur les trois prochaines années avec une première voile qui sera mise en service en fin d’année sur un paquebot qui fera la liaison entre l’Europe et les États-Unis.

Changement d’envergure dans la conception des voiles pour NERVURES

Le « petit » constructeur de parapente Nervures (15 salariés et 300 voiles par an), spécialisé dans la conception et la fabrication de voiles pour les sports aériens (parapente, paramoteur, parachutes), a été sollicité par l’entreprise Airseas, une start-up du giron d’Airbus, pour concevoir les voiles qui tracteront les cargos. Il s’agit de voiles de 250 m² à 1 000 m² de superficie !

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Autre projet à échelle mondiale dans les Télécoms

Un autre projet qui les a bien occupés aussi, ce sont des « furets », de mini-parachutes qui servent à tirer des fibres optiques dans les canalisations souterraines.

Jusqu’à présent, les opérateurs se servaient d’aiguilles (câbles) pour tirer les fibres optiques dans des gaines. Ce micro-parachute de 3 à 5 cm de diamètre relié à l’amorce de la fibre. Installée à l’entrée de la gaine, il est propulsé par air comprimé déroulant ainsi la fibre optique à l’intérieur de la gaine sur des distances allant jusqu’à 400 m.

Un autre marché mondial qui leur offrira peut-être de nouvelles opportunités. En disposant désormais d’un atelier équipé d’une machine à 2 aiguilles sur plateforme mobile, de nouveaux horizons de marchés spécifiques se dessinent pour le futur…

D’autes nouveaux marchés se dessinent…

C’est grâce à leurs outils de conception PAO et à leur « structure semi-artisanale » que des produits spécifiques peuvent être envisagés notamment dans le domaine du bâtiment. Le développement en interne de leur dernier soft permettant d’analyser la déformation des matériaux leur ouvre un nouvel horizon, celui de la production de bâches pour grosses infrastructures (stades,…). Grâce à ce nouvel outil et à leur grande expérience en aérodynamique, Nervures, se positionne aussi comme une structure conseil pouvant intervenir dans la conception. Tous les volants le savent : une bâche a aussi un bord d’attaque et subit des effets aérodynamiques….

Même "Le Tube", fabriqué par NERVURES, ouvre de nouveaux marchés !

En découvrant le sac de pliage parapente « Le Tube » sur internet, une grosse entreprise régionale de BTP m’a contacté pour fabriquer un produit spécifique. Leur besoin, des fourreaux de transport suffisament résistants avec une embouchure avec cerceau dans la partie haute (comme sur le Tube) dans laquelle ils glissent des tubes et gaines de plomberie. Leurs chantiers étant des immeubles, ces « sacs porteurs » seraient tractés par grue. Ce moyen de manutention/transport remplacerait faciliterait la tâche des ouvriers qui acheminent actuellement ce matériel par les escaliers.

Le projet porte sur 1000 exemplaires… Je vais demander une commission à Jean-Marie !

Diversifications certes, mais le coeur de métier est toujours bien présent

Pour Jean-Marie, la diversification contribue à la pérénité de Nervures : Comme nous avons su nous diversifier, nous avons des moyens financiers qui nous mettent à l’aise depuis un an. Il est hors de question pour le dirigeant de NERVURES de réduire la voilure sur la production de parapentes : « J’ai réussi à mettre en place une offre très variée chez Nervures mais mon objectif est de toujours continuer à fabriquer des parapentes. Je suis quand même un parapentiste et nous prenons tous du plaisir dans ce segment de production. »

Ces nouveaux marchés leur donnent les moyens pour concevoir les produits qu’ils aiment. « L’idée de faire du matos léger et performant orienté plaisir et sécurité me plaît beaucoup. C’est d’ailleurs l’image que nos utilisateurs relaient en général ».

Propos recueillis auprès de Jean-Marie Bernos

La conception du parapente de Jean-Marie Bernos

Ce que j’aime, c’est marcher et puis voler, me faire plaisir à la montée et rigoler à la descente. Faire des cross mais être en totale autonomie. Je suis plus dans le mode revenir sur mon point de départ plutôt que de faire des distances à tout prix. Ma pratique du parapente est plus orientée vers la pratique de la montagne plutôt que celle du vol perf à tout prix.

ROCK THE OUTDOOR, la culture parapente