Collision en vol parapente avec une ligne à très haute tension

Collision en vol parapente avec une ligne à très haute tension

Rédigé le 10/10/2019
Rene HASLE

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Pourquoi quand il y a cumul de risques, décider de voler quand même ?

Cet incident de collision frontale en parapente contre une ligne à très haute tension s’est produit à Roldanillo en Colombie. Luis Gonzales, de passage sur ce site, a pris la décision de voler, conscient qu’il trouvera 2 lignes haute tension sur son plan de vol. Trop de nouveaux paramètres en même temps : découverte du site et présence de gros risques.

Nous avons décidé avec notre conseiller Jérôme Canaud de publier cette vidéo car elle permet d’aborder la problématique de la décision d’un vol sur un nouveau site et celle de la prise de risques. Ici, on découvre même un cumul de prises de risques ! Le jeu en vaut-il vraiment la chandelle ? Luis a eu la chance de s’en sortir (fractures vertèbres) et de ne pas finir « rôti », comme il le décrit lui-même. Nous le remercions pour le partage de sa mésaventure.

Le témoignage du pilote

Je ne vole pas habituellement là-bas, j’étais de passage. Cependant, je savais qu’ il y avait 2 lignes haute tension, toutes les deux de 500KV. J’ai passé sans problème à plus de 150 mètres au-dessus de la première ligne. Quand j’ai vu la deuxième ligne, j’étais à 20 ou 25 mètres au dessus. L’erreur principale que j’ai commise a été d’essayer de croiser les câbles avec une faible hauteur.

Description de l’incident

Ma première erreur a été de penser qu’avec ma faible hauteur, je pouvais la traverser. Quand je me suis trouvé à environ 5 mètres de la ligne, j’ai eu un courant descendant qui m’a abaissé vers les câbles.

L’aile s’est enroulée sur le câble supérieur et je me trouvais entre les câbles. Un câble m’a touché le front et un autre était très proche de mon pied droit, j’ai eu beaucoup de chance de ne pas me retrouver « rôti ».

A 0:45, la voile s’est déroulée et j’ai commencé à tomber en vrille avec seulement la moitié de l’aile gonflée. A 0:52, je lance le parachute de secours, il ne s’ouvre pas et je suis penché sur le côté. Je le relance mais il ne s’ouvre pas non plus.

J’avais les commandes emmêlées. A 1:09, avant de toucher le sol, j’ai réussi à démêler la poignée gauche et à la tirer complètement. L’aile a cessé de tourner, puis j’ai heurté le sol. Ce sont mes pieds qui ont d’abord touché le sol (calcanéum gauche fracturé), puis mon postérieur (coccyx et vertèbres fracturés).

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Analyse et conseils

Premières réactions

Ce pilote prend beaucoup de risques en pensant qu’il va pouvoir passer 2 lignes à haute tension qui sont devant lui. Quand tu te poses la question, je pense que ce n’est déjà pas une bonne idée ! Ce n’est pas comme tenter de traverser une forêt sans posé possible, ce n’est pas la même prise de risque….

Soit, il ne se rend pas compte du danger potentiel de cette prise de risque, soit il a été trop sûr de lui en ne prenant aucune marge. Se vraquer dans des lignes haute tension, c’est quand même un des cauchemars d’un parapentiste normalement constitué.

Si on doit passer au dessus d'une ligne haute tension

Il est préférable de viser les points les plus hauts, c’est à dire les pylônes, car c’est plus facile visuellement de voir si ça passe ou pas et ça donne une petite marge. Il faut éviter de passer au niveau du milieu de la ligne car c’est très difficile de visualiser sa trajectoire par rapport à un câble qui se fond dans le paysage.

Un sacré cumul de prises de risques !

– Méconnaissance du site

– Savoir qu’il y a 2 grosses lignes et y aller quand même. Je ne sais pas si ce pilote a été briefé sur le site (plan de vol, aérologie, pièges, comment les anticiper, les portes de sorties,…)

– Penser que passer à 150 m au dessus d’une ligne à haute tension est confortable ! surtout que c’est 150 m au dessus des câbles (il y a une flèche énorme avec la distance) et non au dessus des pylônes. De passer au dessus des pylônes permet d’avoir un meilleur visuel sur sa hauteur et surtout de faciliter la prise de décision.

– Penser (méconnaissance ?) ou ne pas tenir compte que l’aérologie peut être favorable ou défavorable pour le choix de continuer ou simplement envisager cette ligne droite survolant 2 lignes haute tension. Donc, ce n’est même pas suicidaire, c’est simplement dû à un manque d’expériences, de méconnaissances importantes de l’activité (finesse face au vent, évolution de la masse d’air).

– Le pilote pense que ce qu’il vit à l’instant T (passage à 150 m au dessus de la ligne : la finesse qu’il a, son pilotage, l’aérologie qu’il traverse,…) sera identique 10 minutes après. Comme si son « analyse » (s’il y en a une) sera valable même 10 minutes après.

– Un manque d’adaptation à ce qui se passe concrètement. En passant à 150 m au dessus de la première ligne, cela aurait peut-être dû lui dire à l’oreille de faire demi tour et ne pas insister. Trop aléatoire.

– Trop optimiste, il ne se rend pas compte, ne prends pas réellement de marge ou pense en prendre.

« Ce n’est que mon avis , n’hésitez pas à donner aussi le vôtre »

Jérôme Canaud – Ecole Courant d’RMasterclass Wingmaster

Les leçons à en tirer ?

Quelques consignes quand on va voler sur un nouveau site

Se renseigner (infos, pilotes locaux) et avoir la capacité de faire une analyse complète de son plan de vol afin d’identifier  tous les dangers et d’écarter les risques surtout si on n’est pas un expert.

  • bien connaître les caractéristiques et dangers du site,
  • se renseigner auprès des pilotes locaux (ex : se poser la question « pourquoi personne ne vole maintenant ? »)
  • avoir de réelles capacités d’analyse (par rapport aux dangers du site, le vol est-il envisageable en fonction des conditions et de son niveau)
  • avoir une méthode de décision à suivre scrupuleusement (lire cet article de Jean Marc Galan sur la SIGR – Stratégie Individuelles de Gestion des Risques)

« Ces conseils sont les miens, n’hésitez pas à donner aussi les vôtres »

René – Administrateur du site

La méthode qui m'aide dans ma décision de voler ou pas

Je me suis créé mon propre système avec des feux vert, orange ou rouge.

– Si j’ai 2 oranges ou 1 rouge, je renonce.

– Si j’arrive à retirer 1 orange par moi-même (ex : meilleure connaissance du plan de vol), j’y vais mais avec une concentration max.

En général, avec ce système, j’ai plus de facilités à renoncer. Depuis, je vole moins mais mieux : moins de stress et un max de plaisir.

J’évalue sur les critères suivants : matériel adapté, facilité au décollage, aérologie adaptée à mon niveau ou à mon mental du moment, parcours/plan de vol, encombrement du site (en soaring), concentration/capital mental, état physique/nutrition/hydratation, motivation/échelle plaisir.

En général, quand tu as fait le déroulé de tous les critères, le dernier critère « motivation/échelle plaisir » est d’une telle évidence !

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ROCK THE OUTDOOR, la culture parapente